[in French]
[Extrait]
Le Zouave Inconnu
Relativisme relâché
Certains diront que j’ai perdu un peu d’acuité auditive; c’est normal et tant mieux : je ne fais plus aucune distinction entre bruit et musique. Aucune. Ni entre musique et art audio, ni entre pop et actuelle, ni d’ailleurs entre environnement sonore campagnard et tambours du dimanche, et ni entre poésie sonore et récitatif de boîte vocale. Sans intérêt. Ramage inutile dans le flou; sujet d’engueulades pour pélicans de salon. Cage a déjà brillamment épilogué sur le sujet; les flamants peuvent maintenant se taire, il est non nécessaire de tout reprendre. Nous savons tous désormais que pour tisser une toile de son, il y a 44 fois plus que l’arbitraire des 12 petites notes. Voilà enfin un lieu où nous sommes moins pauvres. Il a fallu du temps. Nous savons aussi que l’expressivité sonore ne saurait survivre qu’avec le solfège de Sœur Sourire. Nous savons que la musique existe bien au-delà de ces quelques préceptes de mœurs légères et que le mot « musique » a une désignation parfaitement arbitraire.
Certains m’accuseront encore d’être un relativiste relâché. Eh bien, c’est ça. Ça c’est ça. C’est ça qui est ça.
Certains autres diront également que je connais mal ce à quoi je m’attaque. Ils auront raison. Je suis un paresseux de premier ordre : musicien/compositeur modestement prospère, je ne sais pourtant pas écrire une seule note de musique. Aucune. Pire, je serais bien incapable de déchiffrer une partition pour flûte à bec de niveau primaire, et encore plus inapte à compter le temps musical correctement...
C’est pour ces différentes raisons que j’adore chanter très fort dans mon salon, deux fois semaine, à l’unisson, avec Brigitte Fontaine : « Je suis conne! ». Et plutôt fière de l’être. C’est de famille.
Voyez-vous, je fonctionne à l’instinct. Un crime.
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