[Extract in French]
L’objet de cette réflexion n’est pas d’analyser pourquoi l’humanité, prompte à forcer les limites, se donne à l’extrémisme, et, pour certains de ses membres les plus agités, goûte de le consommer d’une manière souvent toute pavlovienne. Son propos, plus modestement, se restreint à une analytique de l’image : définir ce qu’est, au plus près, l’image "extrême"; penser, dans la foulée, le rapport du regard à ce type d’image; enfin, tenter de répondre à cette question : pourquoi aspirons-nous, êtres de regard que nous sommes, à la brutalité de l’image "extrême"?
Le regard mis face à son extérieur
Image "extrême" — de quoi parle-t-on? En coupant au plus court, des images qui gênent, qui suscitent un haut-le-cœur, qui frappent notre imagination : vues de la guerre en acte, avec ses théories de corps déchiquetés; images d’événements dramatiques tels qu’accidents de la route ou catastrophes aériennes présentés dans toute leur crudité; images de violences sciemment orchestrées telles qu’en mercantilisent les snuff movies, qui visualisent à l’attention de voyeurs haut de gamme viols ou crimes authentiques; images pornographiques brutes obsédées par la précision optique et l’excès de la performance sexuelle; images d’un cinéma qui aime jouer du plus vrai que nature, mettant en vue qui des êtres difformes (Gummo d’Harmony Korine), qui de vaines tortures (l’homme au crâne comprimé dans un étau dans Casino de Martin Scorcese), qui l’ultra-violence pure et simple (Orange Mécanique de Stanley Kubrick; Tueurs nés d’Oliver Stone). Vaste florilège, pour le moins, où l’exhibitionnisme le dispute à la transgression, le sordide à la démesure, l’horrible au défoulement, mais où quelque chose de l’humain fait constamment retour : une curiosité que l’on dirait, volontiers, aussi malsaine qu’inévitable.
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