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Dossier : Addendum : La destruction du WTC dans le prisme de l’image extrême
NO 44 — Image extrême
Paul Ardenne

[Extrait]

Retransmise en direct sur toutes les grandes chaînes TV que compte ce monde, la destruction, le 11 septembre dernier, à New York, du World Trade Center aura offert à l’amateur d’images bien trempées un somptueux bouquet de figures extrêmes. Soudaineté de l’événement, complète incrédulité suscitée par celui-ci, violence inouïe de l’attaque terroriste : ce scénario, aucun réalisateur de films catastrophe ou de reality show ne l’avait rêvé. À la perfection sidérante des faits, il faut ajouter dans ce cas précis leur impeccable enchaînement tragique, depuis l’impact d’avions de ligne utilisés comme bombes volantes jusqu’à l’effondrement des Twin Towers et un détour par la chute de corps humains précipités dans le vide. Aucune contestation possible, au bout du compte : la réalité, cette fois, aura vertement remis la fiction à sa place.

Images "extrêmes", de fait, que celles diffusées sur l’écran planétaire ce funeste 11 septembre, New Day of Infamy pour la nation américaine. Images en conséquence déstabilisantes, radicalement étrangères à notre code visuel sinon à l’inconscient optique occidental. Images, du même coup, tourmentant l’esprit au point que certains aient eu à cœur de prescrire pour le regard blessé une thérapie. Les médiologues en particulier, charognards patentés de l’image, qui pressentirent dans l’instant le crédit de scientificité que pourrait leur valoir le décryptage d’une offre visuelle si ravageuse dans ses effets psychiques. C’est ainsi que l’Institut National de l’Audiovisuel, en France, programmait dès la mi-septembre un débat relatif aux images des attentats de New York et de Washington ayant eu lieu quelques jours plus tôt, débat fondé sur ces questions : "Quelle chronologie et quel traitement télévisuel retenir de cet événement hors norme? Quid de l’impact des images et de leur répétition? Certaines images ne vont-elles pas jusqu’à troubler nos repères entre réalité et fiction [1]...?" Autant de questions évidemment surfaites dont tout un chacun avait déjà la réponse chevillée au corps, éprouvée dans sa chair du simple fait d’avoir regardé.

[...]

NOTES :

1. Texte du carton d’invitation aux Lundis de l’INA, séance du 1er octobre 2001 : "11 septembre 2001, la guerre en direct".